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Automatisme : un comportement pas si archaïque !

 

Dans un article publié dans Progress in Neurobiology, des chercheurs du CNRS et d'Inria posent l’hypothèse que la prise de décision et son automatisation reposent sur un apprentissage cortical qui s'effectue sous la tutelle des structures sous-corticales et montrent que ce mécanisme est partagé par différentes lignées de vertébrés. Cette théorie permet de résoudre un certain nombre de paradoxes et propose de nouvelles pistes physiopathologiques pour les troubles de la décision.

 

En dépit de son obsolescence et de son invalidité, la théorie du cerveau triunique telle qu’introduite par Paul MacLean dans les années 1960 est encore très présente dans le discours scientifique et médiatique. Elle avait vite emporté l'adhésion à l'époque car elle s'appuie sur un vieux socle stoïcien pour lequel le propre de la nature humaine est de réprimer ses pulsions naturelles pour laisser parler sa raison et qu'elle trouve aussi écho dans les théories psychanalytiques encore en vogues au XXe siècle.

Cette théorie repose sur l’idée que le cerveau humain se serait développé en couches successives. D’abord le cerveau reptilien (maintien des fonctions vitales, automatismes), puis le cerveau limbique (émotions) et enfin le néocortex (raisonnement et anticipation), chaque couche supplémentaire venant inhiber au besoin les autres structures. 

Si la théorie du cerveau triunique est aujourd’hui largement réfutée, elle continue tout de même à influencer les sciences cognitives. Les théories explicatives proposées pour les processus de prise de décision, repose sur une compétition entre une structure raisonnée mais plus lente (généralement identifiée au cortex) et une structure automatique et peu flexible (fonction attribuée aux structures sous-corticales). 

Dans cet article, les chercheurs posent l’hypothèse que la prise de décision et son automatisation reposent sur un apprentissage cortical qui s'effectue sous la tutelle des structures sous-corticales. Ils montrent notamment que le développement des automatismes n'est pas un archaïsme mais au contraire un avantage évolutif lié au développement d'un pallium dorsal (la structure que nous appelons le cortex chez les mammifères) spécialisé qui a évolué en parallèle dans différentes lignées de vertébrés. En appuyant leur discours sur de très nombreux exemples tirés de la littérature et de leurs propres travaux, ils ont pu définir un modèle computationnel minimal grâce auquel cette hypothèse a pu être explicitement testée chez le primate. Cette approche permet entre autres de résoudre un certain nombre de paradoxes et propose de nouvelles pistes physiopathologiques pour les troubles de la décision.

In fine, les chercheurs proposent donc de repenser le fonctionnement de la physiologie de la décision en considérant celle-ci non pas comme un conflit entre la raison corticale et l'émotion sous-corticale, mais au contraire comme une collaboration dynamique entre un système sous-cortical qui appuie ses décisions sur un système d'évaluation (dont chaque option est associée à une valence émotionnelle, positive ou négative) et un système cortical qui automatise et agrège les compétences dégagées au cours de l'apprentissage.

 

Figure : ’évolution comparative du striatum et du pallium chez les vertébrés montre que le rapport de la masse cérébrale consacrée au pallium augmente en parallèle dans différents taxons de vertébrés suggérant un mécanisme partagé.

© Thomas Boraud

 

 

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Contact chercheur

 

  • Thomas Boraud

    Institut des Maladies Neurodégénératives
    UMR 5293(CNRS/ Université de Bordeaux) 
    Centre Broca Nouvelle Aquitaine
    146, rue Léo Saignat
    33076 Bordeaux Cedex

    Tél. +33 (0)5 33 51 47 99

 

 

Mise en ligne le 21 septembre 2018

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