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Anti-inflammatoires non stéroïdiens et analgésiques pendant la grossesse : un danger pour la fertilité ?

 

Le paracétamol et l’ibuprofène sont des médicaments parmi les plus prescrits pendant les premiers mois de grossesse. L’étude, menée dans le modèle souris, montre que l’exposition à ces molécules pendant le développement précoce de l’embryon, affecte la formation et la maturation de l’organe reproducteur et conduit à une baisse de fertilité de leur descendance. Ce travail publié le 6 Juillet 2018 dans la revue FASEB Journal, suggèrent une réévaluation de l’utilisation de ces médicaments par la femme enceinte.

 

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (aspirine, ibuprofène) et les analgésiques, tels que le paracétamol (ou acétaminophène (N-acétyl-p-aminophénol, APAP) sont des médicaments largement utilisés pour traiter l’inflammation et la douleur, en particulier par les femmes enceintes. Ces molécules qui sont capables de traverser la barrière placentaire sont parmi les plus prescrites pendant la grossesse et sont très souvent utilisés en auto-médication. De nombreuses études épidémiologiques ont déjà montré que l’exposition à ces molécules durant les premier et deuxième trimestres de gestation augmente le risque de malformations génitales comme la cryptorchidie ou l‘hypospadias chez les garçons nouveau-nés. Différentes investigations chez les rongeurs et l’homme ont montré que ces molécules ont une action anti-androgénique. Toutefois, les conséquences d’une exposition à ces molécules pendant l’embryogenèse précoce sur le développement des organes reproducteurs et la santé reproductive de l’adulte, sont encore inconnues.

En utilisant le modèle souris, cette étude a montré que l'exposition in utéro aux doses thérapeutiques de la combinaison paracétamol-ibuprofène pendant la période du développement précoce de la détermination du sexe, conduit dans la gonade mâle embryonnaire, à une diminution de la prolifération et une anticipation de la différenciation des cellules germinales, les précurseurs des gamètes à l’âge adulte. Dans le testicule post-natal, la maturation et la fonction des différents types cellulaires somatiques (cellule de Sertoli de support, cellule stéroïdogénique de Leydig) et germinal (spermatogonies, cellules souches du testicule) sont affectées.

En conséquence, chez la souris adulte, le nombre de spermatozoïdes produits par les animaux exposés in utéro est réduit ; de plus, un défaut de mobilité des spermatozoïdes produits par leur progéniture est mis en évidence quand les deux parents ont été exposés, conduisant à une baisse de fertilité de ces animaux après l’âge de six mois.

Ces travaux révèlent de nouvelles données sur les effets délétères de ces molécules pharmaceutiques (paracétamol et ibuprofène) couramment prescrites chez la femme enceinte, après une exposition au cours de l'embryogenèse précoce, sur le développement et la maturation du testicule et la santé reproductive de l’adulte. Ces résultats suggèrent que l'exposition à cette combinaison de molécules implique des mécanismes complexes et induit des effets intergénérationnels qui pourraient affecter le génome et ou la régulation des gènes des cellules germinales comme cela a déjà été décrit pour des produits chimiques de l'environnement (perturbateurs endocriniens) chez les rongeurs et l’homme.

La sensibilité envers ces médicaments peut différer chez l’homme, néanmoins, leur utilisation, répandue pour diverses indications pendant la grossesse, invite à ce que les doses thérapeutiques de ces molécules soient réévaluées et que des mesures soient prises pour limiter leur consommation pendant le premier trimestre de la grossesse.

 

Figure : Résumé de la procédure expérimentale et des phénotypes des souris F0 et F1 après exposition in utéro à l’APAP (paracétamol) et l’IBU (ibuprofène) (AI). Les souris gestantes ont été traitées entre 10.5 à 13.5 jours de gestation, pendant le développement précoce de la détermination sexuelle. L'exposition affecte directement les lignées germinale et somatique (F0A) des embryons exposés, et indirectement les cellules germinales et somatiques (F1) qui se développent à partir des cellules germinales F0. Les étoiles rouges, bleues et vertes indiquent des modifications des cellules germinales, de Sertoli et de Leydig, respectivement. Les couleurs claires et foncées indiquent les phénotypes transmis par l'effet maternel et paternel, respectivement.

© Brigitte Boizet-Bonhoure

 

En savoir plus

Contact chercheuse

 

  • Brigitte Boizet-Bonhoure

    Tél. 33 (0) 4 34 35 99 40

    Institut de Génétique Humaine
    UMR9002 (CNRS/Université de Montpellier)
    141, rue de la Cardonille
    34396 Montpellier Cedex 5

 

Mise en ligne le 1er août 2018

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