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Disparition de Michel Balinski

L’Institut des sciences de l’information et de leurs interactions a appris avec une profonde tristesse le décès de Michel Balinski, le 4 février 2019, et rend hommage à un chercheur qui a continué à travailler et à réfléchir sur la démocratie jusqu’au dernier jour de sa vie.

Michel Balinski a fait ses études aux États-Unis et a été professeur de mathématiques, d’économie et de sciences administratives, dans les universités de Princeton, de Pennsylvanie, de la ville de New York, de Yale et de l’état de New York (à Stony Brook). Après son installation en France en 1980, il fut nommé directeur de recherche de classe exceptionnelle au CNRS (section 06) à l’École polytechnique et il y fut directeur du Laboratoire d’économétrie jusqu’à sa retraite en 1999. Il est le fondateur de la prestigieuse revue Mathematical Programming et a été président de la Mathematical Optimization Society. Ses travaux de recherche lui ont valu une reconnaissance internationale ainsi qu’en attestent plusieurs prix reçus dont le prestigieux John von Neumann Theory Prize en 2013. De même il est à l’origine d’un mode de scrutin utilisé pour élire les membres des parlements du canton de Zurich en Suisse.

Michel Balinski est connu pour ses travaux en optimisation combinatoire et en théorie de vote. Il est l’inventeur de plusieurs systèmes équitables de vote et de représentation. Il a développé des théories complètes ayant chacune un grand impact pratique.

Il a établi, avec H.Peyton Young, la façon de répartir les sièges entre les régions de manière équitable, par l’utilisation de la méthode de Webster. Leur livre publié à Yale University Press en 1982 et considéré comme le traité définitif sur le sujet. Il explique les idées au travers de l’histoire des États-Unis en présentant la théorie axiomatique en annexe. Largement utilisé, il a amené le Royaume-Uni à adopter la méthode Webster dans sa loi de 2011 sur le système de vote. Son ouvrage a obtenu le prix 2008 George H. Hallett Award of the American Political Science Association.

Il a conçu, avec G. Demange, la répartition bi-proportionnelle, une méthode d’attribution proportionnelle des sièges aux régions et aux partis politiques. Justifié axiomatiquement, un algorithme calcule les solutions. La méthode a été adopté par referendum dans plusieurs cantons suisses (à la faveur d’un citoyen qui a intenté une action à la Cours Suprême pour violation de ses droits). Il a aussi montré comment cette méthode pouvait éliminer le gerrymandering, un obstacle important à la représentation équitable, notamment aux États-Unis. Pour cet article, il a obtenu le prix Lester R. Ford Award of the Mathematical Association of America en 2008.

Il a proposé, avec R. Laraki, le jugement majoritaire, une nouvelle méthode de vote pour élire et classer des candidats par un électorat. Le livre (publié chez MIT Press en 2011) développe une nouvelle idée essentielle : les électeurs doivent avoir la possibilité de juger chaque candidat dans une échelle commune de mentions telle que « Très bien », « Bien », « Assez Bien » jusqu’ à « A Rejeter ». Le jugement majoritaire, en plus de permettre aux électeurs d’exprimer pleinement leurs opinions, combat le vote stratégique et surmonte le théorème d’impossibilité d’Arrow. La méthode est devenue très populaire et a été utilisée et testée dans plusieurs instances, et une association très active "Mieux Voter" a été créée en France pour le promouvoir.

Michel Balinski a écrit de nombreux articles scientifiques et d’autres grand public avec M. Baïou, sur le découpage électoral, la caractérisation du polytope des admissions stables avec une nouvelle définition de la stabilité, et l’introduction du modèle des allocations stables unifiant ainsi plusieurs modèles de couplages stables.